Aide aux réfugiés: un organisme montréalais menacé de disparaître

Le coordonnateur du RIVO, John Docherty (à droite), estime avoir perdu 85% de son financement en raison des compressions. Il est accompagné sur la photo par les députés néo-démocrates Alexandre Boulerice et Hélène Laverdière.

Aide aux rédugiés

Anabelle Nicoud
La Presse

Depuis 20 ans, le Réseau d'intervention auprès des personnes ayant subi la violence organisée (RIVO) offre un soutien psychothérapeutique à plusieurs centaines de demandeurs d'asile chaque année. Mais depuis les compressions fédérales décrétées par le ministre de l'Immigration, Jason Kenney, le RIVO se retrouve sans le sou et voit son existence menacée, a-t-on appris.

Le couperet est tombé le 30 mai. Un mois après que le gouvernement eut annoncé la suppression des soins médicaux du Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI), le RIVO a appris que la psychothérapie pour les demandeurs d'asile ne serait désormais plus couverte. Par la même occasion, le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration coupe donc les vivres à cet organisme bien installé dans le paysage montréalais et qui, en 2011, a soigné 600 demandeurs d'asile et réfugiés victimes de torture ou de violence organisée.

Un coup mortel

«On a perdu 85% de notre financement», déplore le coordonnateur John Docherty. Depuis le début de l'été, le RIVO a dû remercier deux adjointes administratives et se priver de la moitié de ses bureaux de la rue Duluth, à Montréal. Les psychothérapeutes ne sont plus payés depuis la fin du mois de juin. Et c'est seulement grâce à un don privé que certains patients de RIVO peuvent terminer leur suivi.

En avril dernier, le gouvernement conservateur a créé la surprise - de même que la consternation des médecins et des groupes d'aide aux demandeurs d'asile - en annonçant d'importantes compressions dans le PFSI. Le ministre Kenney a affirmé à plusieurs reprises que le PFSI offrait de meilleurs soins à des immigrés illégaux et à de faux demandeurs d'asile qu'aux contribuables canadiens. Depuis le 30 juin, le soutien psychothérapeutique n'est plus pris en charge par le PFSI, sauf en cas d'hospitalisation.

«Je peux dire que les gens dirigés vers nous ne sont pas des citoyens canadiens moyens. Le citoyen, lui, n'a pas été torturé et n'a pas subi la violence», dit M. Docherty.

Inquiétude

«Le gouvernement a dit que ses coupes n'auraient pas d'impact sur les gens. On voit bien que ce n'est pas le cas», déplore le député néo-démocrate de Rosemont, Alexandre Boulerice.

L'opposition officielle espère faire revenir le ministre sur sa décision, et lui a adressé cette semaine une lettre au sujet du RIVO.

En 2011, le RIVO a reçu 80% de son budget annuel du gouvernement fédéral, soit près de 385 000$. Une goutte d'eau pour le gouvernement fédéral, selon M. Boulerice, mais qui permet aux demandeurs d'asile de s'intégrer, de fonctionner dans leur société d'accueil et d'éviter la détérioration de leur santé.

«Les conservateurs ont une approche des réfugiés qui est, c'est le moins que l'on puisse dire, surprenante», regrette de son côté Hélène Laverdière, députée de Laurier-Sainte-Marie.

Le RIVO espère trouver de nouvelles sources de financement, notamment auprès de fondations privées. Selon M. Docherty, Québec ne prendra pas la relève d'Ottawa. Plus de 20 ans après son arrivée au RIVO, M. Docherty a l'impression de revenir dans le passé, quand l'organisation fonctionnait uniquement grâce au bénévolat.

«Je suis très inquiet. On va essayer de continuer, mais même avec du bénévolat, c'est presque un coup mortel pour nous», déplore-t-il.